Jamais Deux sans Toi – Révélation littéraire, humaine.

f7df6b_4dbc3f93c82b4fbfaae3d21492007011-mv2_d_2290_3725_s_2

« – Oh non, commença t-elle. Il ne va pas obtenir sa garde. Pas après ce qu’il…
– Il ne s’agit pas de lui et toi, Jess.

Jess se tourna vers la maison. La porte d’entrée était entrouverte. Tanzie était déjà à l’intérieur.

– Mais elle ne peut pas rester là. Pas avec eux…

Il s’installa sur le siège du conducteur, puis se pencha vers elle et la prit par la main. La sienne était humide et glacée.

– Elle a passé une mauvaise journée et a demandé à pouvoir rester un peu avec son père. Et, Jess, si c’est vraiment la vie qu’il mène, Tanzie a le droit d’en faire partie.
– Mais c’est pas…
– Juste, je sais. »

Depuis que son mari a disparu de la circulation, Jess se bat pour élever seule ses deux enfants. Alors qu’elle ne s’y attendait plus, la chance lui sourit enfin. […]
f7df6b_5d3b16fcb09f41e19964fc14f632f160-mv2_d_2294_2717_s_2
C’est une histoire de bouquin. De pages froissées, de temps posés, de mots avalés.
Il y a des livres qu’on jette au coin de la table. D’autres qu’on range délicatement chaque soir sur une étagère. D’autres qu’on garde en main. D’autres qu’on met dans un sac, parmi un chaos maître de bibelots non identifiés. Certains sont déposés sur une table de cours ou ouvert dans un bus.
Ce livre n’est rien de tout ça. Ce livre, c’est lui celui qu’on termine étendu dans un lit, au milieu de la nuit, le visage sous des larmes démunies, l’amas de pages serré contre soi, dans un geste désespéré pour éteindre une dernière fois ses personnages, ses mots, ses histoires d’une vie qui résonne en vous tel un coup de canon.
Les premières pages n’ont pas été évidentes, mais je vous dirais, la vie n’est pas qu’une succession d’anecdotes marrantes à tout bout de champ. Je me suis accrochée, par dépit, comme on fait dans la vraie vie, car je sentais, peut-être, que ce livre n’était peut-être qu’un testament d’une vie perdue, suspendu dans le vide, près à combler les vides des cœurs, à refléter nos mœurs, et à déloger les leurres.
Et aux bouts de quelques pages, je me suis retrouvée happée par le flot de miasmes et d’injustices crachés au visage du lecteur, qui restait là, haletant, stupéfait d’assister aux méandres d’une vie si vraie, si honnête, si… là. Une vie qu’on peut, pour une fois, prendre dans le creux de sa paume sans avoir peur de la briser par la fiction qui l’entoure, une qu’on peut renifler et sentir les moindres détails des mots qui dessinent les visages, les voix, les paysages, une vie qu’on peut décortiquer et coller dans les journaux sans que ça change grand-chose, car il ne vient pas à l’idée un instant que ce n’est que fiction, mots, ou « juste un livre », mais bel et bien un juste témoignage de cœurs brisés, qui ne tiennent que par amour, force et espoir – ainsi qu’une pointe de résignation, ce qui fait jamais de mal.
Des mots empilés afin de vous raconter la vie d’une mère, qui aime tellement ses enfants, qu’elle préfère les étouffer dans une vie médiocre, au lieu de demander de l’aide, de lâcher un peu de zeste, tout cela, de peur de voir ses seules raisons de vivre, ses deux enfants, quitter le nid pour quelque chose de meilleur.
f7df6b_b5e715e8faaa44ee9a425c42f141578b-mv2_d_2038_3040_s_2
Pourquoi me suis-je retrouvée si facilement éprise de ce roman?
Premièrement, par manque d’objectivité.
Mais je pense que la littérature, et toute autre forme d’art, n’est pas fait pour l’être. Et oui, j’étale ces mots avec ferveur car je me suis retrouvée entre chaque mot, page et même ligne de ce bouquin.
On a déjà tous ressenti ce sentiment de cohésion avec un narrateur, un écrivain, lorsque celui-ci expose une relation, une rupture, une situation gênante, un trait de caractère, un petit quelque chose qui nous faisait penser : « Ah ! Comme moi ! C’est fou comme ce personnage/auteur me ressemble ! » ou « J’ai l’impression de lire ma vie » ou bien encore « J’aurais très bien pu écrire ça tellement tout colle… Les sentiments, les situations, tout ! » n’est-ce pas?
Deuxièmement, pour cette ressemblance quasi gênante, blessante.
Car ce livre là, lui, ne nous fait pas sentir euphorique ou étonné à l’idée de ressentir une ressemblance quelconque avec une fiction écrite. Non, il nous brise, un peu, nous rassure, parfois, nous fait nous blottir en boule, souvent. Tout juste si je n’étais pas mal à l’aise, une boule en ventre, en lisant les réflexions faites par un des protagonistes, une mère au foyer, Jess Rae Thomas, y retrouvant la même mentalité que celle de ma mère, avec tous ses défauts, étalés au grand jour. A un tel point que je me disais : « On a pas le droit d’aller si profondément en la vie d’autrui, de mettre au grand jour des douleurs si crues, des vérités si nues… » J’ai eu honte, pour ma mère. J’ai aussi éprouvé beaucoup de peine, pour elle. Car ce livre nous dévoile toutes les supercheries qu’elle ait pu mettre en place pour cacher aux yeux du monde entier, qu’elle coulait désespérément, et ce, en entraînant ces enfants.
Une grande vague de tristesse, et de révolte a fait son chemin en moi, face  à deux autres caractères : les enfants de Jess Rea Thomas : Marty, un ado de 18 ans, et Tanzie, une gamine de 10. qu’elle traîne derrière sa vie cabossée.  Ces deux enfants en lesquels je vois non seulement mon petit frère, qui lui aussi a exactement 10 ans, et est victime du même destin funèbre d’une famille éclatée, fauchée, et… Moi, avec le personnage de Marty, du haut de mes 19 ans. Cet âge qui nous retire le droit à l’ignorance, le droit d’être préserver, le droit de rêver. Je me suis retrouvée dans chaque silence, caprice, larme,  sentiment de haine, non-dit, secret, peur
f7df6b_f5173d4801b243308357adbf0e7874df-mv2_d_2262_2666_s_2
Quels ont été les sentiments majeurs face à cette lecture?
Le plus gênant était certainement que tout cela n’est pas derrière moi.
A l’heure où j’écris ces mots, ma mère est toujours endettée. Elle est toujours à découvert. Elle vide toujours peu à peu notre maison de nos biens pour les revendre, afin de nous faire des courses. Mais surtout, elle refuse de demander à l’aide, ne pouvant affronter la honte qui s’en suivrait, si jamais on venait à apprendre que oui, elle n’a pas réussi à subvenir aux besoins de ses enfants comme il se faut, qu’elle a du vendre bijoux, fringues, meubles et vélos, et que c’est pour cela qu’elle a laissé repoussé ses racines noires aux cheveux blancs sur sa couleur blonde, qu’elle recoud nos habits déchirés, et qu’elle vient sur mon lit, ne supportant plus la solitude.
Alors, oui : voir ces luttes, ces aveux, ces secrets, cette honte, étalés sur ce papier blanc, aux yeux de tous, j’en eu la boule au ventre, oui. Et pas qu’un peu. J’ai voulu serrer les enfants dépeint dans mes bras, j’ai voulu secouer cette mère afin qu’elle arrête, à nom d’une fierté sans nom, de refuser de l’aide, quitte à traîner ses gosses dans la boue. C’est fou, comme l’ego des femmes est mis en jeu lorsque papa part, et que l’argent se fait rare.
Mais je n’ai pas ressenti qu’une honte pesante  dans cette lecture… Loin de là.
Certes, c’était humiliant. J’ai du lire les détails d’une vie, allant jusqu’au plus intime d’une vie, – car pour moi la sexualité ou la nudité n’est pas la chose la plus intime sur laquelle on peut écrire, ceci étant si médiatisée, chosifiée, qu’on a fini par s’habituer… Alors que ses sanglots étouffés face à une facture ou un « non » autoritaire accompagné d’un chancellement du cœur face à un « Vous avez besoin d’aide ? » ça, c’est de la vraie et sale intimité, celle qui te fait détourner les yeux, soupirer, sangloter.
Certes, il y eut la colère. Et cette question… Pourquoi ?! Tout au long, une rage se soulève, l’incompréhension nous gagne, nous les enfants, les victimes d’une fierté trop importante, inappropriée et surdimensionnée.
Mais ce n’est pas tout. Il n’y eu pas que les questions et les dents serrées d’indignation. Non, il y eut les éclatements de douleur et douceur, face à cette mère, tout juste perdue. Le beau de ce livre, c’est cette voix donnée à toutes ses femmes terriblement seules, qui luttent pour leur vie et celle de leurs mômes.
Le pardon accompagnait la colère. Ce bouquin comportant 4 points de vue (la mère, les deux enfants et un homme qui se retrouve embarqué dans leur vie chaotique) faisant défilés plusieurs cœurs mis à nu, ne nous autorise pas à nous poster sur un ressentiment.
Et enfin, une chose essentielle…
Un à un, il nous faisait entrer dans les tréfonds du cœur de la mère, de la petite fille, du grand-frère, du gars au regard extérieur… On apprend alors à swinguer entre les ressentis, puis tout doucement, on comprend que la vie n’est pas un parti pris.
Que l’on fait tous des erreurs, les mères y comprit. Elles font ce qu’elles peuvent, même si, parfois, comme dans ce livre, et dans ma propre vie, elles le font mal, en croyant bien faire.  C’est ainsi qu’on comprend qu’il est temps de pardonner et d’arrêter de se plaindre, afin de voir l’amour qui réside dans chaque erreur.
Et surtout, que rien n’est perdu. Face à une mère obstinée, prête à continuer sur sa lancée, mettant ses enfants en danger, certains personnages se sont dressés, afin de faire comprendre à cette femme éplorée, que lorsque c’est terminé, c’est terminé. Et ça, ça demande du courage, de la patience, du temps… Et surtout beaucoup d’amour.
Un don du ciel, une incroyable leçon de vie. 
J’ai lu ce livre comme un message envoyé par l’au-delà, comme une main tendue, comme un visage amical me soufflant « Viens dans mes bras, tu n’es pas la seule… »
Eh oui. Je ne suis pas la seule à vivre dans un tourbillon de factures payées à la sueur de son sang, parfois même son âme, de luxe inachevé, de rancœur et de peurs, et de cette question, encore et toujours « Comment vais-je payer cela ? » – que se soit les courses, de chaussures pour le gamin qui grandit, une école pour ma fille, un traitement pour le chien, une facture d’électricité, autrement dit, un voyage jusqu’à la vie.
La vie n’est pas juste, ne le sera jamais. Et pourtant, la vie est belle. Elle est belle parce que je me suis endormie entre deux sanglots, ce livre contre mon cœur, avec le sentiment de n’avoir enfin, plus peur.
«        -La vérité ?
– Les gens comme nous ne s’en sortent jamais. On ne peut pas remonter la pente. On doit se contenter de racler le fond.
– Ce n’est pas vrai.
-Qu’est-ce que tu en sais ?
Il n’y avait pas de colère dans sa voix, juste un profond abattement. »
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s