Journal de La Création – lettre à maman.

 

« La mère comme ombre, la mère placide, la mère sans vision ni voix : elle nous « arrange » drôlement, en tant que filles. Aurons-nous à tout jamais besoin, pour nous approprier notre voix, de priver notre mère de la sienne? »

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Je dois avouer que lorsque je suis tombée sur ces deux phrases du livre Le Journal de La Création de Nancy Huston, je suis restée émerveillée, drôlement rassurée, presque reconnaissante envers cette écrivaine au talent fou. J’ai senti quelque chose de grand, de beau, à en pleurer presque, tressaillir dans le creux de mon ventre, et j’ai compris, qu’il me fallait écrire. J’ai compris, que j’avais enfin compris.

Ce blogpost ne sera donc pas réellement focalisé sur le bouquin de Mme Huston – même si le livre vaut le détour, et pas qu’un peu! – mais plutôt sur ce que son livre à apporter à ma vision de voir ma relation mère/fille.

Je tiens à préciser que lorsque je parle des mères à l’intérieur de cet article, je ne généralise pas, loin de là. Je parle d’un petit groupe de mamans, celles qui sont dépeintes dans le Journal de Huston. Elles ne sont pas une majorité, mais sont présentes, et ici, démasquées.

« Quelles attentes folles les mères ne projettent-elles pas sur les bébés qu’elles portent, et qui portent, eux, en plus de l’empreinte génétique de leurs deux parents, l’empreinte de rythmes corporels et des vibrations vocales de leur seule mère. »

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A ma mère, aux mères, à chaque utérus fécondable sur Terre.

Huston le décrit bien, certaines mères ont un besoin viscéral de contrôler leurs rejetons, au point que cela devienne malsain. Nombres d’exemple me viennent en tête pour illustrer cela, que ce soit des histoires que l’on m’a comté, d’autres que j’ai pu voir ou lire, ou encore ma propre relation avec ma mère. Et face à cette lecture si limpide, honnête et touchée par l’empreinte de la grossesse – car oui, Nancy Huston était enceinte lorsqu’elle a écrit ce Journal – je me suis sentis dans le besoin de dénoncer ce côté sombre de la maternité.

Alors, aujourd’hui, je vous dénonce.

Vous, les mères surprotectrices, qui adulent leurs enfants. Vos rapports avec ces derniers sont fusionnels, exclusifs, et vous aspirez même parfois à devenir leur meilleure amie, leur confidente, leur perle rare. Il est temps, grand temps, de prendre conscience que ce comportement, n’aboutit qu’à une chose : la destruction du petit être humain que vous avez mis au monde. Tout comme le non-amour d’un parent pour un enfant est destructeur, le trop-amour d’un parent l’est tout autant. Cela nuit au développement personnel de l’enfant, à son épanouissement, et menace son originalité et son unicité. Vous l’étouffez, dans vos bras trop aimants, vous l’aveuglez par votre amour, avec des phrases toutes faites basées sur ce que vous appelez l’amour, mais qui ne génèrent que crainte, peur et angoisse. Il faut avoir une sacrée force de caractère pour réussir à se détacher d’une telle mère, de son influence, et se créer sa propre personne, car ces mères ne se contentent pas d’aimer leurs enfants, mais en les adulant, elles les modèlent comme elles aimeraient qu’ils soient. Plaquer chacune des frustrations de leur vie, sur eux, afin de gagner un minimum de sérénité face à la vie d’échec qu’elles ont mené. L’enfant modelé est alors démuni de toute essence personnelle, il est rendue bête de compagnon, un chaton mignon qu’on caresse et gronde doucement, qu’on garde à la maison et qu’on gave de nourriture et friandises. Ces enfants sont tout simplement détrônés de leur nature d‘être humain. Ils deviennent les choses des mères aimantes, leurs choses à elles, qu’elle pavanent, vantent et exposent avec vantardise et fierté à quiconque ose s’en approcher. Pour que cet enfant puisse renaître, il lui faudra maintes forces et courages, afin de s’affranchir des règles du carcan familial, et de trouver une indépendance où il pourra respirer en tant qu’Homme, en tant que personne, dans son unicité.
La bonne famille, saine et bénéfique, est celle qu’on choisit, non celle qu’on subit.

« Tu seras ma santé, mon équilibre, mon double, mon bouclier, tu seras moi-même, revue et corrigée »

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Or, mère, j’ai du subir tes cris, tes larmes, ton sang, tes coups, tes nerfs, tes joies, tes peines, tes colères, tes fantasmes, tes phobies, tes hobbies, tes passions, tes envies, tes cauchemars, tes humeurs, et pire, ton amour. Je t’ai subi toi, dans toute ton intégralité et même si tu prônes ta perfection dans ton rôle de mère, que tu affirmes m’avoir toujours protégé, éloigné de tes problèmes, en les étouffant afin de me les dissimuler, ils ressortaient par ondes de ton corps, ils brillaient dans ton corps et vibraient dans ta voix. Inconsciemment, tu m’as éprouvé avec toi, je t’ai suivi dans chacune de tes débauches depuis ta naissance, j’ai supporté, longtemps, trop longtemps, les cordes que tu avais tissé autour de moi enfin de m’empêcher de tomber, et donc, de réussir. Car il n’y a pas de succès sans chutes, on apprend pas sans erreurs. En m’empêchant de me casser la gueule, de faire des erreurs, tu m’as privé de leçons essentielles à la vie, tu m’as privé de vie, tout simplement. J’ai du, désespérée, mettre ma vie en danger, pour qu’elle prenne un sens autre, qu’elle ne soit plus un jouet entre tes miens, un chien qui répond à tes ordres. J’ai torturé, maltraité, cassé ce corps qui était mien, j’ai mutilé la vie qui tu m’avais offerte, je l’ai changé de couleur, je lui ai donné un goût et un panorama différent. J’ai goûté à la lame, aux drogues, aux larmes, au sang, aux hurlements déchirants, aux étranglements, aux élancements, aux déchirements, à la mort et chacun de ses relents. Grâce à cela, j’ai brisé non seulement mon âme, ma vie, mais j’ai aussi brisé la chaîne qui me reliait à toi. Et toi! comme tu as été démunie, enragée, affamé, foudroyée par cela! Comme tu en as voulu au monde, et à moi surtout – mais n’étais-je pas ton monde? Comme cela t’a brisé, à ton tour, de voir, sentir, d’assister à ce déchirement, entre toi et moi, entre la vie et moi, sans que tu puisses contrôler – ton verbe préféré, inconscient – quoi que se soit. Tu as vu la petite fille que tu as mis au monde mourir sous tes propres yeux, et renaître femme. Et cette femme, libre de tes entraves, de tes maillons, tu la hais. Pire, tu la méprises. Dépourvue de bienveillance, tu la charries, la repousses, la reprends, tantes de la cerner puis abandonnes. Je suis devenue femme, et cela, grâce aux maux, et plus particulièrement, aux mots.

Les mots, les maux, essence de ma renaissance.

A travers les larmes salées perlant à mes cils, j’ai peint un nouveau monde où La Mère n’était plus Centre, où elle n’était pas plus supérieure ou inférieure que n’importe qui d’autre, et donc, que moi. Qu’une mère est avant tout un être humain, et qu’on est en droit de la haïr, de l’aimer.  Je t’ai descendu de ton énorme, grotesque piédestal, et j’ai même piétiné ton joli visage, n’est-ce pas? Car il était bouffi, lorsque tu te mettais à hurler contre cette femme, naissance d’un monstre pour toi, et origine de ton malheur ici bas. J’ai hurlé plus fort que toi, j’ai contrôlé plus fort que toi – allant même jusqu’à prendre le total contrôle de mon esprit et mon corps, m’interdisant de manger, de m’asseoir dans les transports en commun, m’obligeant courir des heures, de m’éprouver physiquement et moralement au point de sentir la mort voleter autour de moi. J’entendais ses battements d’ailes, rassurant, car ils m’éloignaient de toi. Je ne voulais plus t’entendre, ta voix était devenue signe de malheur, elle ne véhiculait que la déception, la colère que tu ressentais à mon égard. Je me suis perdue en devenant femme, puisque je n’avais connu que le chemin en terre mal battue que tu m’avais tracé.

Et m’éloignant de ce dernier, de toi, j’ai du errer dans des contrées sombres, effrayantes, jusqu’à être guidées par les maux, les mots.

 

Quelques mots sur le bouquin;

Vous l’aurez compris, ce livre a été écrit dans un but personnel, une sorte d’introspection si intelligente et dépourvu de limites, et de tabous que c’en ai renversant.  Le journal débute en début de grossesse, et Nancy y confit ses angoisses de mère, ses relations maternelles connues ou éprouvées, mais y réfléchit également sur le rôle de la femme. Notamment dans le milieu de la Littérature.

Nancy Huston s’est penchée sur les histoires souvent douloureuses de Sand et Musset, Virginia et Leonard Woolf, Scott et Zelda Fitzgerald, Sartre et Beauvoir… Le récit de ses recherches sur les couples d’écrivains et le journal de sa propre grossesse se croisent, se répondent et se complètent pour évoquer les mystères de l’amour, de l’inspiration, du couple et de la création. – Acte Sud.

 

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